Tout ce qu’il y a de plus vrai
Les choses semblent ainsi faites que dès l’arrivée du plus grand nombre dans un domaine, il devient impératif de distinguer les Vrais des autres. Un Vrai semblable à tous, vous n’y pensez pas ! Il faut séparer le Vrai du bon grain
. (NdR : Bon grain – Expression complaisante qui désigne le plus grand nombre). Un code de valeurs s’installe petit à petit, qui permet d’identifier les Vrais et indique aux nouveaux venus la marche à suivre pour changer de catégorie (quand c’est encore possible).
Les VRAIs amateurs de fromage
Au risque de s’encrouter eux-mêmes, ils ne mangent pas le fromage sans son enveloppe, qui doit flatter le nez autant que la vue et constitue sans aucun doute le meilleur de la bête. A ne pas confondre avec les bêtes et autres oiseaux à qui on ne donne que la croute.
Les VRAIs connaisseurs en bagnoles
Ils sont les seuls à avoir compris qu’une bagnole ne devient bonne qu’à partir du moment où elle n’est plus fabriquée. Avant, c’est une voiture moderne qui souffre de la course à l’économie effectuée par le constructeur. Il est clair qu’elle ne vaut pas la précédente, malheureusement plus fabriquée. Le terme “malheureusement” employé ici n’est bien sûr qu’une hypocrisie employée pour simuler la perte que représente l’arrét de sa fabrication, et détourner ainsi les éventuels amateurs égarés. Mais c’est précisément cet arrêt qui donne ses lettres de noblesse au véhicule. Et puis l’histoire se répète …
Les VRAIs cons
C’est une évidence pour tous : il y a trop de cons ! On ne s’y retrouve plus. Tout le monde en connaît, même si quelquefois ce sont les mêmes. Alors on a vu fleurir les expressions du type : Lui alors c’est un Vrai con !; qui excluent implicitement l’orateur de la catégorie désignée (car seul le con narre pour ne rien dire). On n’en sait guère plus sur le Vrai con, contrairement au con courant :
- Un con nu, même connu, reste un con, et il se fait souvent rhabiller
- Tout con volé n’est pas marri
- Un con cubain a tout de même épousé la cause
- Si un con verse à Sion, c’est en con disant trop vite
- …
Les VRAIs internautes
L’internautisme généralisé est un phénomène récent et ses adeptes encore mal cernés. Néanmoins on peut reconnaître le Vrai adepte :
- Il n’utilise pas le Web
- Il écrit quand même du HTML, mais dans le texte
- Il est cyberallement cybérant (?)
- Son etiquette de Vrai est valorisée par une Vraie et nette éthique, qu’il n’outrepasse qu’à une seule occasion : la rappeler aux autres !
Les VRAIs parisiens
Le Vrai parisien se distingue par un amour immodéré de la province et envie ses congénères délocalisés qu’il rejoint… dès qu’il a un week-end. A ces occasions trop rares, il n’oublie pas de s’ébahir sur la chance qu’ont ces derniers de vivre dans une tel cadre, avec une telle qualité de vie, …
Leurs hôtes indigènes, devant ce qui ressemble à des appels au secours (perception renforcée par leur propre vision de la capitale), ne rate pas une occasion de leur signaler les opportunités qui leur permettraient d’atteindre le bonheur suprême : vivre en province. Et c’est là que le Vrai parisien se révèle. Il lui est impossible de quitter cette ville infernale où, pour survivre, il a du reconstituer des éléments de l’Eden rural : une carrière avec son lot de gros caillous, bordée de cultures si riches qu’il s’en nourrit sans aller sur les Champs (trop risqués car envahis de parasites en tous genres).
Les VRAIs cinéphiles
Ce n’est un secret pour personne, le Vrai cinéphile file au ciné si le film défile en VO. En fait il regarde surtout les sous-titres qui, par chance, ne défilent pas. Si le Vrai cinéphile est français, sa grande phobie est le label VF (avant les évènements récents qui, bien que relevant quelquefois du cinéma, n’ont pas grand chose à voir avec le 7ème art). De là vient le grand dilemne du Vrai cinéphile français, face au Vrai cinéma français : VO ou VF ?
Faut-il croire qu’un rit-mec américain sera mieux accueilli ? Bien que défilable et audible en VO, le rit-mec (qui n’a rien à voir avec le ris de veau ni avec la vache qui rit – donc folle) d’un amer ricain n’aura pas nécessairement l’effet boeuf attendu. Car voilà, lorsque le VO est enfant de VF, le Vrai cinéphile risque l’ESB, l’Envie Sournoise de Boycotter les salles.
Mais à quoi reconnaît-on le Vrai cinéphile ? Apres deux heures de recueillement à même de lui faire oublier le caractère torturant du strapontin amélioré auquel il a confié son anatomie, c’est celui qui lit le générique de fin… jusqu’à la fin !
(NdR : Le générique se poursuit généralement bien après “The END”, affiché prématurément pour limiter les contraintes logistiques de l’exploitant dont la contribution au noble art ne saurait se limiter au remplissage des baignoires).
5 février 2000

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